La place des femmes dans le secteur agricole, encore largement dominé par une organisation professionnelle pensée au masculin, va bénéficier d’un nouveau cadre d’action proposé par le gouvernement en 2026. Avec la publication d’un plan d’action comportant 41 mesures, présenté par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard lors du Salon international de l’agriculture, l’exécutif ambitionne de renforcer l’égalité et l’inclusion dans ce secteur clé de l’économie. Ce plan, annoncé après une enquête approfondie réalisée en 2025 auprès des agricultrices, identifie les principaux freins rencontrés, qui vont du matériel inadapté aux installations, en passant par un statut professionnel fragile ou la gestion difficile de la parentalité. La volonté est donc d’apporter des réponses concrètes, afin non seulement de valoriser l’emploi féminin dans l’agriculture, mais aussi d’améliorer durablement leurs conditions de travail et leur reconnaissance.
Si historiquement, les femmes ont toujours contribué aux activités agricoles, elles ont longtemps été privées d’un statut leur garantissant des droits sociaux pleins, comme l’accès à une retraite adéquate ou la protection liée aux aléas de la vie comme un divorce. À ce titre, selon les statistiques du ministère, près de 17 % des agricultrices n’ont qu’un statut de conjointes ou parentes, ce qui limite leurs garanties en matière de droits sociaux. Le plan gouvernemental prévoit notamment d’« inciter » les agricultrices à adopter des statuts plus protecteurs, comme celui de salariée ou d’associée, pour améliorer cet aspect fondamental. Cette mesure est en cohérence avec les préoccupations exprimées sur le terrain concernant le maintien de revenus suffisants et la sécurisation des parcours professionnels féminins dans le secteur agricole.

Un ensemble de mesures pour une inclusion renforcée des femmes en agriculture
Les 41 mesures portent sur plusieurs axes essentiels, mêlant aspects réglementaires, sensibilisation, aménagements matériels et soutien aux responsabilités familiales. L’objectif est de faciliter l’intégration des femmes dans la vie active agricole en conduisant à une égalisation réelle des conditions, y compris dans les exploitations de grande culture comme celles de Saône-et-Loire, où la question statutaire reste déterminante. Ce plan va également s’inscrire dans une politique publique plus large de renforcement de l’égalité, en prise avec les réalités professionnelles et les contraintes spécifiques qu’elles rencontrent.
Le gouvernement s’attache à répondre également à des questions concrètes d’accessibilité. Par exemple, le matériel agricole est souvent calibré sans tenir compte des morphologies féminines, ce qui engendre des difficultés opérationnelles au quotidien. Une agricultrice du Pas-de-Calais soulignait récemment que la salle de traite n’est pas adaptée à sa taille, et que certains tracteurs, particulièrement lourds, posent problème pour les manœuvres de sécurité. En réponse, le plan prévoit d’inciter les fabricants à concevoir des équipements prenant en compte une diversité d’ergonomies, ce qui facilite le travail au féminin et réduit la pénibilité.
Un soutien accru en période de parentalité et la question du temps de travail
Une autre priorité concerne la gestion des congés maternité. Les témoignages récoltés montrent que la prise en charge par les services agricoles en remplacements est jugée insuffisante par certaines agricultrices, notamment en termes de volume horaire et de disponibilité les week-ends ou la nuit. Le gouvernement promet donc d’améliorer l’organisation des remplacements afin que les congés maternité ne se traduisent pas par un alourdissement de la charge de travail ou une vulnérabilité économique. La garantie d’un maintien d’activité proche du plein temps aiderait aussi à préserver la continuité de l’exploitation agricole.
Le fort engagement de la vice-présidente de la FNSEA sur la question budgétaire rappelle cependant qu’au-delà de ces mesures, la valorisation des prix et des revenus agricoles est un levier crucial pour que les femmes puissent durablement s’inscrire dans leur rôle professionnel. Le plan exclut donc certaines mesures coûteuses à court terme, comme les crédits d’impôt liés aux tâches ménagères, mais privilégie des dispositifs plus viables financièrement, tels que l’exonération dégressive de cotisations sociales pour les chefs d’exploitation débutants de plus de 40 ans.
Tableau synthétique des actions phares du plan gouvernemental
| Axes d’action | Mesures clés | Objectifs |
|---|---|---|
| Statut et rémunération | Promotion des statuts de salariée et associée | Améliorer les droits sociaux et les revenus |
| Accessibilité du matériel | Incitation aux constructeurs à intégrer l’ergonomie féminine | Réduire la pénibilité du travail |
| Soutien parental | Facilitation des remplacements en congé maternité | Maintenir la continuité de l’exploitation |
| Fiscalité | Exonération dégressive de cotisations sociales | Soutenir l’installation des chefs d’exploitation féminins |
| Formation et sensibilisation | Campagnes sur la place des femmes en agriculture | Renforcer la reconnaissance et changer les mentalités |
Le renforcement du rôle des femmes, une réalité à soutenir malgré les freins
En dépit d’une réelle progression de la place des femmes en agriculture, le secteur conserve des barrières structurelles. L’enjeu de la charge mentale liée aux responsabilités familiales constitue un frein majeur à l’engagement et à la pérennité des carrières féminines. De ce point de vue, l’absence de dispositifs budgétairement lourds comme les crédits d’impôt relatifs aux aides domestiques restreint les moyens d’alléger cette charge.
Les femmes interrogées réclament régulièrement un meilleur partage des responsabilités privées, en lien direct avec la réussite de leur insertion professionnelle. Elles positionnent donc l’égalité dans le travail agricole en étroite corrélation avec l’égalité au sein du foyer. Ce dialogue reste un volet à approfondir, avec la mobilisation des différentes instances concernées, pour garantir une pleine inclusion dans ce métier exigeant.
Liste des mesures prioritaires pour favoriser l’emploi féminin en agriculture
- Faciliter le changement de statut vers salarié ou associé
- Adapter le matériel agricole aux morphologies féminines
- Organiser des remplacements complets et flexibles lors des congés maternité
- Mettre en place des exonérations sociales ciblées pour les agricultrices chefs d’exploitation
- Développer des campagnes de sensibilisation à l’égalité et à l’inclusion
- Promouvoir l’amélioration des revenus par une meilleure valorisation des produits agricoles
- Renforcer la coordination entre services sociaux et agricoles pour un appui accru aux agricultrices
Ces mesures viennent compléter les axes déjà identifiés dans d’autres domaines touchant les seniors et les aidants, notamment en matière d’aides sociales et d’adaptation du logement. La politique agricole s’inscrit désormais dans une dynamique de modernisation qui prend en compte les besoins spécifiques des profils féminins, à l’instar des démarches portées par les aides au logement de la MSA pour les exploitants agricoles ou les enjeux liés à l’emploi des seniors dans des environnements ruraux variés.
Pourquoi un plan spécifique pour les femmes en agriculture ?
Les femmes occupent une place encore minoritaire dans le secteur agricole, avec des obstacles spécifiques liés au statut, à l’accès aux ressources et à la charge familiale. Ce plan vise à lever ces freins pour garantir une égalité réelle et durable.
Quelles sont les principales barrières rencontrées ?
Le matériel inadapté, le statut précaire de nombreuses agricultrices, ainsi que la difficulté à gérer la parentalité sous un contexte d’heures de travail importantes sont les freins majeurs identifiés.
Quelles aides sont proposées pour le congé maternité ?
Le plan prévoit de faciliter les remplacements à temps plein et étendus dans la durée, y compris le week-end et la nuit, pour assurer la continuité de l’exploitation pendant le congé maternité.
Pourquoi les mesures fiscales coûteuses ont-elles été écartées ?
Le contexte budgétaire restrictif oblige le gouvernement à privilégier des actions financièrement soutenables, comme l’exonération de cotisations sociales, au détriment de crédits d’impôt coûteux liés aux tâches ménagères ou à l’aide à domicile.
Comment le plan contribue-t-il à l’égalité professionnelle ?
En rééquilibrant les statuts, en adaptant les outils de travail et en renforçant les dispositifs d’accompagnement, ce plan inscrit l’agriculture dans une politique publique tournée vers l’égalité et le respect des droits des femmes.



